Peut-on se souvenir du mathématicien français, Emile Borel, qui en juillet 1914, dans la Grand Amphi de la Sorbonne disait aux politiques de l'époque que chaque réforme de l’école la déstabilise et qu’il lui faut 5 ans pour retrouver son efficacité. Et si les difficultés actuelles de l’école étaient aussi alimentées par la multiplication des réformes ?
Enseignant de l’Education Nationale aujourd’hui en retraite, je voudrais témoigner. En 37 ans de carrière je n’ai pas cessé de faire des réformes. Chaque Ministre qui arrive y va de sa petite lubie. Sachant qu’il a peu de temps devant lui, il lui faut aller vite. Alors pas de concertation, pas de formation, pas de moyens. La plupart de ces réformes ne sont jamais arrivées à leur terme, car le Ministre suivant, qui a, lui aussi, sa petite idée, laisse la réforme de son prédécesseur tomber en désuétude. Et certains osent parler de l’immobilisme de l’Education Nationale ? Ne serait-ce pas plutôt un raz le bol des réformes qui demandent beaucoup d’énergie pour un résultat hypothétique. De plus clamer haut et fort que l’école n’est pas bonne et qu’il faut la réformer est un message bien reçu de certains élèves et parents en mal d’estime de soi. Dans leur esprit, leurs difficultés sont dues au système et donc cela dégage leur responsabilités. Ils peuvent même se sentir victime du système et devenir agressifs.

Supprimer la carte scolaire, bivalence des profs, promotions au mérite... Des idées déjà essayées et qui ne marchent pas. Radotage les idées d'hier, incapacité à explorer une grande variété d’hypothèses et à construire des alternatives, non écoute de tout ce qui peut contredire son idée, mépris à l’égard de ceux qui osent émettre des objections, refus d’anticiper les conséquences de ses décisions, passage à l’acte de nature impulsive, quand on y regarde de plus près on constate que les responsables politiques (de tous bords) développent des attitudes qui sont celles de nos élèves en difficulté.
Des hommes politiques qui, ne tirant pas les leçons du passé, n’anticipant que les avantages de leur projet et rarement les inconvénients prévisibles dysfonctionnent sur le plan cognitif.
Et si la grande réforme de l’Education Nationale était de ne pas faire de réforme pendant un mandat présidentiel ? Une pause au profit d’une réflexion au fond étalée sur une période de 5 ans. Et qu’on nous épargne ces foires que sont ces « grandes concertations » dont le rapport final est écrit par avance. Rejeter par principe toutes les idées ressassées depuis des lustres. S’engager à innover, à débrider la créativité autour d’un principe intouchable : tout être humain est doté d’un immense potentiel d’intelligence et il est capable d’accéder à des savoirs abstraits de haut niveau. S’ouvrir aux connaissances nouvelles que l’on a sur le cerveau humain pour imaginer de nouveaux cheminements en direction de ceux qui n’y arrivent pas dans le modèle unique actuel. Beaucoup de ces élèves qui ne réussissent pas dans le système actuel possèdent en effet des qualités qui seraient très utiles à la Société dans un monde en pleine mutation qui justement nécessite de la pensée divergente et de la créativité.


Alors sortons des idées reçues… et innovons…en rejetant la démagogie.