- Les moyens de diffusion du savoir académique et scientifique étaient rares et de portée limitée. Sous la troisième République l'enseignant a été voulu comme le vecteur du savoir au sein de la population. En particulier le recrutement du professeur de Lycée s'est organisé autour d'une formation universitaire de haut niveau.
- Le savoir évoluait lentement et ce qui était appris au Lycée restait globalement valable pour faire face à ses obligations tout au long d'une vie. Le mode de transmission était essentiellement un discours sur l'état final du savoir. L'élève était simplement sensé le traduire en acte.
- La fonction du lycée était alors de recruter et former les futurs cadres de la nation. Une élite peu nombreuse et hautement qualifiée. Le jeune qui ne suivait pas était écarté du cursus. Inutile, dans ces conditions, de "perdre" son temps avec ceux qui ne remplissaient pas les conditions exigées. Il n'y avait aucune raison de comprendre l'échec.

Ces critères sont-ils encore valables aujourd'hui ?
- Avec des revues, comme "Sciences et Vie", par exemple, ou par l'Internet, le savoir se diffuse par des voies multiples et très rapidement. L'enseignant traditionnel n'est donc plus le seul véhicule du savoir.
- Le savoir évolue vite et se périme aussi vite. L'enseignant formé il y a plusieurs années, sans formation continue sérieuse, enfermé dans les rigidités d'un système à forte inertie et prisonnier du carcan des programmes figés, apparaît déconnecté du monde réel et donc discrédité aux yeux des élèves.
- Enfin, aujourd'hui, le niveau technologique exige une formation de niveau élevé à tout citoyen sous peine d'être un exclu de la Société. L'évolution rapide met l'accent sur la capacité à apprendre plutôt que sur le contenu lui même.

Explorer d'autres objectifs et poser des hypothèses pour refonder le Second degré.
- Il s'agit de passer d'un modèle déductif, où le savoir est apporté clé en main, à un modèle inductif où l'on construit soit même un modèle. Dans un monde en pleine métamorphose les modèles préfabriqués sont vite périmés. Il nous faut sans cesse nous adapter à un environnement qui évolue et nous contraint à innover. La formation du jeune d'aujourd'hui, qui aura à vivre en 2050 ne peut se faire avec les idées de 1950. Donc mettre en place de nouveaux cheminements vers les concepts. Concevoir des logiciels intelligents qui prennent en compte la diversité des profils cognitifs des élèves en fonction de l'âge. Dans les années quatre vingt, alors que la puissance informatique était limitée et les connaissance en neurosciences étaient balbutiantes, il y avait un logiciel d'entraînement à la lecture rapide (ELMO) qui développaient des stratégies individualisées très efficaces. Alors, avec les outils informatiques et les sciences cognitives d'aujourd'hui, pourquoi ne pas concevoir des logiciels d'apprentissage porteur du savoir académiques et scientifiques mais dans une démarche inductive. Avec une diversité de cheminements, miroir de la diversité des profils cognitifs, guidant une progression fondée sur une succession de réussites stimulant le système de récompenses du cerveau. Mais aussi un logiciel détectant immédiatement les erreurs et proposant des stratégies d'identification et d'évitement de l'erreur. Car connaître ne se limite pas au seul vrai. Connaître c'est aussi, et au même niveau, faire le tour des erreurs. Selon le dicton bien connu : "qu'un homme averti en vaut deux". Maîtriser un concept ne se limite pas à sa représentation formelle, langagière. C'est une pratique en situation. L'informatique permet l'accès au savoir par le bais de simulateurs de situations réelles, en complément à la présentation formelle. Maîtriser un savoir c'est, enfin, une automatisation. On peut se reporter aux cinq stades du développement du savoir faire proposés par Hubert et Stuart Dreyfus : Le novice, le débutant avancé, l'exécutant compétent, l'exécutant accompli, l'expert. Dreyfus and Dreyfus

Il y a toujours, pour chaque être humain, un chemin qui mène du novice à l'expert. Il y a toujours, dans un labyrinthe, un chemin qui mène de l'entrée à la sortie. Un logiciel de type Desdale proposant une multitude de chemins vers la réussite, où chacun puisse trouver sa voie personnelle. La seule fatalité qui existe est celle de la réussite possible.

Un tel logiciel permet aussi à l'élève de recommencer autant de fois qu'il en a besoin. J'ai eu un élève qui ma dit avoir regardé cinq fois un cours sur Internet avant de le comprendre. Car on ne saisit pas tout du premier coup. Car il y a des idées générales qui ne s'élaborent que progressivement. Car il y a des détails qui échappent en première lecture et qui se révèlent essentiels à l'usage. Contrairement au professeur, un logiciel ne se lasse pas de répéter. De plus il n’émet aucun jugement. Or ce que craint le plus un élève c'est le regard de l'autre. Le logiciel peut être un libérateur du générateur d'hypothèses. Il suffit de voir comment dans les jeux vidéos un jeune explore les possibles avec acharnement.

On se reportera aussi à l'expérience "d'école inversée" relatée dans un blog du Monde : l'école inversée

- Le positionnement traditionnel du Professeur, porteur exclusif du savoir, se modifie. Il devient accompagnateur d'apprentissage. Il n'est plus du côté du savoir face à l'élève mais au côté de l'élève devant le savoir. Il effectue un travail de médiation. Le contenu étant pris en charge par le logiciel il peut se concentrer sur la relation entre les deux pôles que sont le savoir d'un côté et l'élève de l'autre. La médiation a un rôle d'étayage. Jérôme S. Bruner dans son livre "Savoir faire, savoir dire" en pose les critères : l'enrôlement dans la tâche, la réduction des degrés de liberté, le maintien de l'orientation, la signalisation des caractéristiques déterminantes, le contrôle de la frustration, la démonstration. Nous y reviendrons plus largement dans une publication ultérieure. Signalons aussi, sans les énoncer, les critères de la médiation définis par Reuven Feuerstein.
Selon ces critères le médiateur prend appui sur des connaissances en sciences cognitives pour sensibiliser l'élève à la méta cognition. Pour lui faire prendre conscience de ses processus d'apprentissage. Pour l'aider à identifier son style cognitif. Pour lui apprendre à penser.

Aider l'élève à devenir plus dynamique et autonome dans ses apprentissages.

Sur ce dernier aspect, on se reportera à l'article publié récemment sur ce blog : une démarche de réussite
Il semble urgent, d'autant plus urgent que la mise en œuvre sera longue, d'organiser la métamorphose de l'enseignement secondaire en France.