Restaurer la sérénité en collège.


- Construire au sein de l'établissement une connivence professionnelle autour de quelques principes simples. Des principes qui nous désengluent du quotidien, qui transcendent notre diversité et créent un pôle de cohésion intellectuelle. Il s'agit de montrer aux élèves qu'ils ont en face d'eux un groupe soudé sur l'essentiel. Mais, connivence, sans plus, pour laisser à chacun une grande liberté de mise en œuvre en fonction de sa personnalité et de la diversité des élèves.
- Rétablir l'équilibre entre droits et devoir. Mettre concrètement un terme aux dérives générées par l'idéologie libéral qui ne jure que par l'individu et méprise le collectif : dénigrement systématique du système éducatif, déréglementations qui prétendument entravent l'initiative individuelle, "épanouissement personnel" sans limite… Faire réfléchir au principe de la Loi en Démocratie, donner du sens à la notion de règle au sein des matières enseignées, développer l'esprit critique, montrer aux jeunes qu'il existe du non négociable.
- Re-tricoter le couple éducation répression. Ne pas opposer ces deux termes mais en rechercher les complémentarités. Savoir qu'un enfant est capable de comprendre et qu'il s'agit de le convaincre plutôt que de le contraindre. Savoir que rien de solide et durable ne peut se construire en dehors de la démarche éducative. Mais certains adolescents testent aux limites et nous devons, adultes, tenir notre position, y compris par la répression, pour éviter les dérives comportementales. Mais, acte de violence, la répression doit être utilisée avec parcimonie. Nous devons, également, signifier aux élèves "bien élevés" que l'institution est bien sur les mêmes référents que leur famille.
- Anticiper les incidents. Eviter d'avoir à improviser à chaud sur les incidents car l'émotion perturbe notre jugement. Pour décrypter et prendre du recul il nous faut avoir une meilleur connaissance des adolescents d'aujourd'hui en faisant appel à des spécialistes qui sont hors éducation nationale, des pédopsychiatres par exemple. De même il nous faut acquérir une réflexion sur les comportements d'agression qui sont toujours l'expression d'une souffrance n'ayant pas les mots pour se dire. Repérer les élèves à risque pour entreprendre un dialogue en dehors des situations de crise. Plus généralement, faire comprendre aux élèves la distinction entre la « fonction » qui est dans l'exigence du savoir et la « personne » qui est dans l'empathie avec celui qui apprend.
- Traiter l'incident. Ne pas laisser des élèves jouer avec nos émotions, éviter que l'affrontement ne devienne un spectacle pour les autres élèves, il faut désamorcer la crise à tout prix sans laisser croire à un renoncement en annonçant que le conflit sera réglé plus tard et ailleurs. Maîtriser son émotion en construisant un récit écrit de l'incident. Récit qui, de plus, contribuera à la constitution d'une mémoire collective. Surtout ne pas rester seul. En parler à quelqu'un. Dans les conflits interpersonnels, ne pas sanctionner soi même pour éviter que l'élève ne l'interprète comme une vengeance. En toute circonstance c'est la Loi qui doit faire tiers. Faire en sorte que l'équipe de la classe épaule le collègue et que ce soit elle qui prononce collectivement la sanction.
- Les personnalités perturbatrices. Les identifier en se dotant de critères précis. Exiger de l' Administration la constitution d'une équipe pluridisciplinaire, qui par la médiation, recherchera une solution amiable engageant chaque partie dans une démarche convergente. L'expérience montre que ces mesures alternatives au Conseil de Discipline sont d'une grande efficacité pour réduire les tensions. Mais, quand toutes les démarches éducatives ont échoué, il y a alors un devoir de protection du groupe. Le recourt au Conseil de Discipline est nécessaire en se dotant d'une stratégie, d'abaissement progressif du seuil de tolérance aux incidents.