Les neurosciences apportent de nouvelles informations intéressantes sur le cerveau des adolescents. Une étude du National Institute of Mental Health américain est parue au printemps 2008 dans le « Journal of adolescent Health ». Cette revue n’est accessible sur Internet que sur abonnement. Toutefois on peut avoir quelques éléments dans la revue « Sciences et Avenir » de septembre 2008. Il s’agit d’une étude comportant notamment des IRM tous les deux ans pour 829 personnes âgées de 3 à 27 ans. Restons en aux observations et évitons l’idéologie « biologisante » des comportements humains fréquente aux USA et même dans certains milieux français.

Que constatons-nous ? Il y a une explosion de neurogénèse et de synaptogénèse entre 7 et 11 ans. Le cerveau dispose alors d’un énorme potentiel. Cette phase est suivie à l’adolescence d’une décimation massive des neurones et synapses. En effet, selon le principe de « darwinisme neuronal » défini par le prix Nobel Gerald Edelman, ne survivront que les neurones et synapses qui servent. Un principe d’économie qui veut que l’organisme ne nourrisse pas ce qui est inutile. Les neurones et synapses qui ne sont pas utilisés disparaissent donc massivement. D’où l’importance de stimuler l’activité intellectuelle dans cette période de la vie d’un être humain.
Mais simultanément à cette perte de matière grise un autre phénomène se développe : la myélinisation des fibres conductrices des neurones. La vitesse de l’influx nerveux peut alors passer de 0,5 m/s à 120 m/s. Perte d’un côté mais efficacité démultipliée pour ce qui reste. Une des régions qui se myélinise le plus à cette période est le corps calleux qui relie les deux hémisphères du cerveau. Cette région du cerveau est impliquée dans la créativité et la réflexion de haut niveau. De plus cette myélinisation se fait progressivement de l’arrière du cerveau vers l’avant. Les premières régions concernées sont les aires limbiques sièges des émotions générées par les perceptions du monde extérieur. Les dernières régions concernées sont les aires frontales qui sont celles de la réflexion abstraite et de la mise à distance du monde réel.

Quelles conséquences, nous, enseignants, pouvons nous tirer de ces informations ? D’abord ne pas responsabiliser abusivement et accabler l’adolescent pour ses comportements parfois exaspérants et ses conduites à risque mais l’aider à construire son cerveau. Stimuler l’activité intellectuelle liée à la perception pour conserver le maximum de potentiel neuronal et assurer une continuité harmonieuse entre perception et abstraction. Rappelons avec force qu’il n’y a aucune fatalité biologique. Même si la démarche est longue et parfois chaotique, l’éducation reste la meilleure réponse.
C’est donc au moment de l’adolescence que va se constituer et se structurer le stock de neurones et synapses pour toute une vie. Bien entendu ce stock n’est pas figé, la plasticité neuronale montre qu’à l’intérieur de ce stock des réaménagements sont toujours possibles et parfois de façon massive.