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jeudi 21 août 2008

Simulateur d'apprentissage d'une leçon.


Par Charles Lostis, jeudi 21 août 2008 à 15:07 :: - Quelques exemples de pratique

Voici un modèle réduit d’apprentissage de leçon.
Un modèle est donné. Le système scolaire, avec sa manie de tout expliquer, fournirait une leçon bien peaufinée que l’élève devrait apprendre clé en main. Au contraire nous allons construire nous même du sens.



Malgré son apparence simple l’exercice est loin d’être anodin.
D’abord il faut comprendre que la leçon n’est pas dans les objets perçus mais dans les liens qui existent entre les objets. Nous devons accéder à l’imperçu, par un travail d’élaboration interne. Nous sommes dans une démarche d’abstraction et de généralisation. Combien de fois voyons nous des élèves apprendre ce qu’ils savent déjà, car l’apparence a tout simplement changé. Au fond la leçon est dans la flèche.
Une flèche qui exprime un schéma de relation entre un début et une fin, un avant et un après, des données et un objectif. Il y a une dimension temporelle souvent mal maîtrisée par les élèves. Combien mélangent données et contenu de la question dans les exercices de mathématiques ? Combien de fois, au quotidien, voyons-nous les liens de causalité inversés car ne respectant pas l’ordre de succession.
La perception doit être exhaustive et précise pour élaborer des relations spatiales cohérentes. Exprimer les positions relatives des objets n’est pas facile. L’expérience montre que beaucoup d’élèves ont des déficiences en matière de vocabulaire de l’espace. Surtout que la modalité graphique de l’exercice nous oblige à produire nous même les mots. Il faut dépasser la perception holistique vague pour accéder à une perception analytique.
Enfin il faut inférer la règle. L’opération mentale de comparaison est nécessaire. En vertu du principe d’activation biologique par le changement, les différence sont bien perçues. Par contre exprimer l’invariant est une démarche interne volontaire non naturelle. C’est pourtant le principe de base de la conceptualisation en vue d’une généralisation.
Ne pas souffler de réponse, ni apporter d’aide. Seulement veiller que le discours coïncide avec la monde extérieur. En cas de dérapage poser des questions. C’est l’élève qui doit, seul, détecter son erreur et se corriger.
On peut obtenir une « leçon » du genre : « On a deux triangles équilatéraux, un petit à l’intérieur d’un grand. Les bases sont parallèles. Les deux sommets sont dirigés vers le haut. Le grand triangle ne change ni en forme ni en taille ni en orientation. Le petit triangle reste à l’intérieur du grand, les bases restent parallèles, il conserve la même taille, mais son sommet est dirigé vers le bas. » Une variante peut être sur la dernière phrase : « … Le petit triangle subit une symétrie par rapport à sa base. » Les élèves risquent de se retourner vers l’adulte pour demander qu’elle est la bonne réponse. Rompre la dépendance à l’adulte pour aller vers l’autonomie. Valider les deux « leçons » sans commentaire. La pluralité des vérités choque. Et pourtant c’est la base de la tolérance et de l’intérêt porté à l’autre.
Bien sûr il s’agit là de discours déjà bien élaborés. Car la plupart du temps on obtient directement « le petit triangle se retourne ». Focalisant sur le changement sans mentalisation des invariants. Si c’est ainsi qu’ils apprennent leurs leçons il y a du travail à faire.

On apporte alors l’exercice associé.



Et notre « leçon » s’effondre. Les objets ont changé. Il faut surmonter la frustration et repartir sur la leçon. C’est la classique répartie de l’élève : « je croyais que. » Oui il croyait sincèrement, mais le monde extérieur n’a que faire de nos croyances. Il faut alors identifier la faille et la colmater. Abstraire. Décrire les relations sans nommer les objets.
« Il y a un objet contenu dans un autre. Ils restent de même forme et même taille. Celui de l’intérieur …> » Mais problème. Quelle explication retenir . Symétrie par rapport à la base ? Mais il n’y pas de base pour un cercle. Faire passer le cercle de l’autre côté du carré ? Avec ou sans retournement ? Un cercle qui se retourne ce n’est pas visible. Vous imaginez le débat. Le médiateur doit veiller que les arguments restent ancrés dans le monde réel. Stimuler le générateur d’hypothèse mais ne pas délirer. Voilà qui débride l’intelligence. Et peu importe qu’il y ait une vérité ou pas. L’essentiel est d’avoir mis les neurones en ébullition. Les élèves ont goûté à cette drogue qu’est l’activité intellectuelle intense. Ils y reviendront.

Verbalisation de sa pensée, perception analytique, relations temporelles et spatiales, comparaison, émission d’hypothèse et test sur le monde extérieur… pour construire soi même du sens. Voilà ce que contient cet exercice. Il touche aux mécanismes profond de l’apprentissage. Alors ? Anodin ? Amusement ?

Construire du sens.


Par Charles Lostis, jeudi 21 août 2008 à 12:19 :: - Quelques exemples de pratique

L’exercice précédent nous entraînait à créer du sens à partir d’un support en modalité graphique. Passons maintenant en modalité verbale. Surtout ne pas en faire un exercice de français qui réveillerait l’anxiété liée à l’école. Laisser l’élève apprivoiser à son rythme et selon son style personnel. Il y a des moments où il faut savoir se taire pour laisser l’autre exister.

Ce sont encore les termites qui se trouvèrent à l’origine de l’idée consistant à nourrir des populations étrangères pour les amener à se battre à leurs côtés lors des invasions. L’idée était révolutionnaire. Et la surprise fut de taille lorsque des armées fourmis eurent à affronter des sœurs de même espèce combattant pour les termites. Les fourmis auraient volontiers réagi en imitant leurs ennemis, en stipendiant des légions termites pour lutter contre les termites.
Bernard Werber : « Les fourmis »

Ce texte est difficile. Il faut construite le réseau de relations sociales entre les termites et deux catégories de fourmis. Il y a beaucoup d'informations de niveau différents. Il faut identifier les "populations étrangères" et "en imitant leurs ennemis". Le mot "stipendier" ne se laisse pas facilement attraper. Il est intéressant d'observer les comportements individuels des élèves. Il y a ceux qui se replient pour réfléchir en se mettant à l'abri du regard des autres. Il y a ceux qui multiplient les essais, qui s'engouffrent dans l'agir pour échapper au vide, plein d'angoisse. Il y a ceux qui décrochent et se trouvent une autre occupation, par exemple en discutant avec un voisin, en manipulant des objets de façon frénétique...Il arrive que le groupe renonce et que je doive donner un coup de pouce.
Décidément, il est bien difficile d’afficher son incompétence en public. Vont-ils dire qu’ils ne connaissent pas le mot « stipendier » ? Tout le problème de la honte est posé ici. Et sous quelle forme vont-ils le dire ? Simplement le reconnaître ou demander une explication ? Vont-ils développer une démarche d’autonomie face à la difficulté ou une dépendance à l’adulte ? Dans certaines populations africaines il est mal venu de poser des questions.
On peut ensuite demander de faire l’inventaire des attitudes possibles face à cette méconnaissance d'un mot : le dictionnaire, demander à quelqu’un, s’appuyer sur des mots de la même famille, utiliser le contexte pour élaborer un sens congruent. C’est cette dernière approche qui sera retenue ici, dans le cadre de notre entraînement cognitif.
S’accrocher au texte, identifier des indices, déterminer leur pertinence, poser des hypothèses de sens pour le mot « stipendier », tester ce sens sur l’ensemble du texte par la prise d’une deuxième nappe d’indices. Il ne doit persister aucune faille. Activité intellectuelle de haut niveau qui met enjeu beaucoup des opérations mentales constitutives de l’intelligence.
Ici le nœud de la compréhension est « en imitant leurs ennemis » Qui « leurs » ? Problème de pronominalisation. Qui « ennemis » ? Au masculin ? Il faut remonter dans le texte. Que font les termites ? « nourrir des populations étrangères pour les amener à se battre à leurs côtés. » Donc, donner quelque chose pour obtenir un service ( pas quelque chose) en échange. Le sens de « stipendier » s’éclaire alors. L’accès au dictionnaire pour confirmation est étonnant. L’un dit « payer pour exécuter une action » l’autre précise « payer pour commettre une mauvaise action ». Prudence avec le dictionnaire. Vous imaginez le débat qui peut se développer autour de ce mot.

Mais on peut aussi aborder le rapport à la nouveauté. Les termite « … encore …à l’origine d’idées », « l’idée était révolutionnaire. » qui les placent de façon récurrente du côté de l’innovation et de la créativité. Les fourmis, elles, « auraient volontiers », « imitant », qui les placent du côté de la velléité, et de la copie de modèles pré existants. Là encore le débat sur ce qu’est « apprendre » peut s’avérer intéressant.

Enfin « …lors des invasions », on peut demander qui envahit qui ? Au plus près de l’extrait fourni, il n’y a pas de réponse qui puisse être justifiée. Toutefois les termites étant du côté de l’innovation et de l’initiative, on peut penser que ce sont eux qui envahissent. Mais nous sommes dans le domaine de l’hypothèse que rien, dans l’extrait, ne vient ni confirmer, ni infirmer. Un débat est alors possible autour d’hypothèse et certitude, croyance et savoir. Où sont les limites du sentiment de vérité ? D’ailleurs l’hypothèse inverse d’invasion par les fourmis ne peut être invalidée avec ce que contient cet extrait de texte.
Peut être la séance ne se déroulera-t-elle pas comme raconté ci-dessus. Peu importe. Notre objectif est de stimuler la production de sens avec comme seule exigence la conformité au monde extérieur.
Rendre les élèves plus dynamiques et autonomes dans la construction du sens. Qu’ils soient capable d’apprendre en toutes circonstances même si les conditions ne leurs sont pas favorables. Les « bons » élèves apprennent aussi avec les « mauvais » professeurs.

Une grille complète


Par Charles Lostis, jeudi 21 août 2008 à 07:54 :: - S'entraîner à apprendre
Vous devez imprimer la grille pour travailler au crayon. Mais n’écrivez dans les cases que le chiffre qui y va. Jamais la liste des chiffres possibles. La recherche doit se faire entièrement mentalement. Nous voulons développer l’empans de votre mémoire de travail.
Cette grille est un entraînement qui met en jeu plusieurs des stratégies vues précédemment. Le but est d’automatiser des processus mentaux. On doit « voir » un chiffre avec sa disposition spatiale sans que les mots montent à la conscience.
N’oubliez pas. L’efficacité intellectuelle dépend de notre capacité à avoir toutes les stratégies pré activées dans l’inconscient et à balayer la grille d’un regard vague en laissant monter la stratégie qui convient. C’est un entraînement. Ne pas violenter sa mémoire. Laissez venir. Et, avant d'écrire, vérifier consciemment la réponse qui vous est venue à l’esprit. Allez-y.



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