Un labyrinthe. Un amusement ? Une occasion de déployer une clinique des apprentissages.

Suivez les flèches de 1 à 2. Ne changez pas de direction dans une case sans flèche.



Il s’agit d’une intervention individuelle auprès d’une élève de première.
Je donne le labyrinthe et attend quelques secondes que l’élève le découvre. Je me prépare à focaliser sur la consigne. L’élève m’annonce alors avoir trouvé. Sans avoir dessiné ? Uniquement mentalement ? Sans avoir eu le temps de lire la consigne ? Surprenant. D’habitude ce labyrinthe déstabilise car il comporte deux boucles qui à deux reprises nous éloignent de la sortie. Comment fait-elle ? Une représentation neuronale du labyrinthe qui se construit de façon holistique ? Puis un inconscient cognitif qui explore les possibles sur cette représentations ? Je lui demande de tracer le chemin. Elle dessine à toute vitesse, sans hésiter, sans se tromper jusqu’à la case marquée « A ». Elle a donc bien trouvé le chemin. Mais en A elle bifurque subitement à droite pour atteindre directement la sortie. Elle a transgressé la règle qui veut qu’on ne change pas de direction dans une case blanche. Mais le savait-elle ? Avait-elle lu la consigne ? Et pourtant elle l’avait respectée jusqu’ici. Pourquoi subitement la règle s’effondre-t-elle ? On peut penser qu’ayant déjà trouvé la moitié du long chemin en ayant déjoué le piège d’une boucle, le système de récompense est à un haut niveau d’activité et que poursuivre la recherche engendre un doute qui devient trop insupportable. La priorité alors est de ne pas contrarier la récompense, d’en rester là et de sortir tout de suite. Je lui demande de m’expliciter la consigne. Elle se rend compte de son erreur. Je valide la partie juste de trajet et lui montre que la perception intuitive de la consigne n’est pas suffisante pour piloter une action rigoureuse. Il faut une démarche consciente afin que le cerveau (fougueux) ne s’emballe pas. Elle reprend donc sa recherche de façon consciente (comme nous le faisons tous ) et c’est laborieux. Elle y arrive.

Nous discutons des avantages du fonctionnement intuitif ( l’inconscient cognitif ) et nous aurions bien tort de nous en priver. Mais il a aussi ses limites et nous devons prendre des précautions à posteriori pour examiner une idée qui vient d’on ne sait où.

La semaine suivante je reviens sur sa prestation. Elle me dit alors : « Je ne l’avais pas trouvé mais je savais l’avoir trouvé ». On peut penser que les neurones liés à l’espace avaient trouvé le chemin. Mais que cela n’était pas monté à la conscience. Par contre le système de récompense s’en était aperçu, et avait envoyé un message de satisfaction à la conscience inhibant ainsi le système de besoins. D'où la sortie prématurée. D'ailleurs, j'ai observé que dans les sudokus mes erreurs sont sur les dernières cases. A l'approche du but, l'impatience d'obtenir la récompense de la réussite déclenche un relâchement de la vigilance.

Le fonctionnement du cerveau humain est fascinant. N’est-ce pas ?