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mercredi 6 août 2008

L'anxiété au centre de l'échec scolaire


Par Charles Lostis, mercredi 6 août 2008 à 16:29 :: - Des idées pour faire réussir

Armé d’une longue expérience d’enseignement en collège, investi sans relâche dans la lutte contre l’échec scolaire et aujourd’hui à la retraite il convient de procéder à un bilan. Il faut, notamment, se demander pourquoi les multiples soutiens scolaire organisés dans le cadre institutionnel n’ont donné aucun résultat tangible et même ont été contre productifs par l’effet de stigmatisation qu’ils provoquent. Il faut aussi se demander pourquoi l’accompagnement fait par des étudiants en dehors des locaux scolaires impulse des modification du comportement et génère des progrès.

Il y avait aussi une énigme dont j’ai souvent parlé ici. Pourquoi des élèves si dynamiques et efficaces intellectuellement dans les groupes de médiation cognitive que j’ai animé restaient-ils en échec dans le domaine scolaire ? Ce décalage avait été relevé dès les premières interventions PEI (Programme d’Enrichissement Instrumental de Reuven Feuerstein) menées en France dans les année quatre-vingts. La réponse avait été alors un doute sur l’existence d’un transfert. Et que donc la méthode PEI était inefficace (alors qu’elle l’est dans d’autres pays). De même, ayant transféré dans mon enseignement les principes de la médiation, j’avais pu obtenir une grande efficacité intellectuelle des élèves à l’oral dans le quotidien de la classe. Par contre ces progrès ne se retrouvaient pas dans les moments de contrôle écrits qui sont les seuls à décider officiellement de la réussite ou de l’échec d’un apprentissage.

Il y avait bien là une énigme. Et pourtant, en 1995, lors du premier groupe de médiation cognitive, fait avec mes propres exercices, les élèves m’avaient tout dit. Mais engoncé alors dans le carcan mental de l’Education Nationale, je n’avais pas entendu ce que disaient ces élèves. Alors que la règle de base du groupe était la liberté totale de parole sur les travaux proposés, à la troisième séance, le retrait et le silence régnaient encore. Ayant remis le sujet en débat la parole s’était brutalement libérée : « la honte », « la peur de se faire moquer », « la peur du regard de l’autre », « la peur d’être publiquement en position de faiblesse »... Désarçonné par ce déferlement de parole sur un sujet que je maîtrisais mal, j’avais improvisé une réponse qui a toutefois été efficace puisqu’à partir de ce jour le groupe s’était investi dans la travail et avait merveilleusement bien fonctionné tout au long de l’année. Mais la conceptualisation du problème posé par les élèves ne s’était pas faite et donc la réflexion s’était éteinte.

Il a fallu attendre l’intervention de Serge Boimare à Mauriac en 2005, dans le cadre de « la Maison pour Apprendre » de Christian Cheminade pour que le sujet remonte à la surface. Avec son livre « L’enfant et la peur d’apprendre » concernant des jeunes en grande difficulté toute une problématique se trouvait de nouveau posée.
Enfin est arrivé l’excellent livre « chagrin d’école » de Daniel Pennac qui raconte son parcourt scolaire d’échec empreint de peur et comment il a réussi à vaincre son échec pour devenir professeur de lettres et écrivain de renom.

A la réflexion, il ressort donc que le dénominateur commun aux comportements d’échecs est l’anxiété. Nous savons bien , par expérience, que tout rapport à la nouveauté est anxiogène. En effet l’inconnu inquiète. Nous ne pouvons pas anticiper. Y a-t-il danger ? Serons-nous à la hauteur ? Quelles conséquences ? L’entrée sensorielle ne trouvant pas de réseaux neuronaux isomorphes au monde réel, le système de récompense ne s’active pas, ce qui crée un malaise et donc une anxiété plus ou moins bien maîtrisée en fonction de nos expériences passées. Entendons nous bien, il s’agit ici de l’anxiété d’état, liée à une situation (qui n’est pas l’anxiété de trait, liée à la personnalité) qui a une influence négative sur la mémoire de travail. L’anxiété induit un biais attentionnel vers les indices qui entrent en résonance avec nos expériences négatives. En situation de stress, l’anxieux focalise son attention sur lui-même plutôt que sur la situation externe. L’enfant se retrouve alors en situation de double tâche, abaissant ses capacités à résoudre le problème et conduisant à un échec qui conforte son anxiété. On sait, de plus, que le stress prolongé détruit les neurones de l’hippocampe, noyau fortement impliqué dans la mémoire à long terme (heureusement, grâce à la neurogénèse, ce phénomène est réversible). L’anxieux éprouve des difficultés à inhiber une information non pertinente ou une réponse dominante. Ne reconnaissons-nous pas là un comportement fréquent chez certains de nos élèves ? Des élèves dont le but premier n’est pas de résoudre le problème qui leur est posé mais de réduire l’anxiété que ce problème génère chez eux.

C’est donc là, en définitive, qu’il faut attaquer les comportements d’échec qu’ils soient scolaires ou plus généraux.
Beaucoup de professeurs des écoles ont bien identifié la difficulté lorsqu’ils proposent dans leur classe des activités ludiques. Le jeu est caractérisé par « agir » dans l’instant et le plaisir. Toutes caractéristiques qui réduisent l’anxiété et donc favorisent l’engagement dans la tâche. Malgré cet avantage indéniable, le jeu ne semble pas pertinent lorsqu’il s’agit d’apprendre. Car au delà du « faire » nous devons engager une démarche de conceptualisation et de généralisation qui exige un arrêt de l’agir (qui s’oppose à l’immédiat) pour mentaliser (qui s’oppose à l’action) et donc réactiver le doute (qui s’oppose au plaisir).
Evoquons un exemple vécu qui illustre notre propos. Pour amorcer une réflexion sur la démarche scientifique, j’avais utilisé en classe un texte de « Bouvard et Pécuchet » qui relate une expérience "farfelue" dans une baignoire. Les élèves appréciaient l'aspect grotesque de la situation ce qui les mettait en jubilation. Mais ce faisant il devenait impossible d’engager une réflexion sur le contenu de ce texte, car le retour à un questionnement générait une angoisse d’autant plus mal ressentie que l’on venait d’un haut niveau d’euphorie. Boris Cyrulnik, dans son livre « De chair et d’âme », décrit la complicité qui unit le bonheur au malheur et réciproquement. Un processus analogue existe entre plaisir et frustration dans les situations d’apprentissage. Comme le phénomène d’accoutumance avec les drogues, en stimulant trop le plaisir par le jeu on remonte le seuil de tolérance au déplaisir. Ce dernier apparaît trop tôt ce qui, à la longue, perturbe les capacités d’ apprentissage.

Il convient donc d’explorer d’autres pistes que le jeu pour réduire l’anxiété. Tâche difficile car tout le système éducatif est anxiogène. Il est d’ailleurs le reflet d’une société elle même rongée par l’anxiété. Dans les rencontres avec les parents nous comprenons qui les difficultés de l’enfant dans son rapport à la nouveauté sont induites par les inquiétudes de ses parents. Inquiétude face à une société en mutation profonde . Inquiétude face à la précarité croissante. Inquiétude pour l’avenir de leur enfant qu’ils cherchent à protéger et sur lequel ils exercent une pression déstabilisante. Ces parents sont dans une recherche compulsive de résultat immédiat pour se rassurer. Tout cela est ressenti par l’enfant qui développe cette anxiété d’état dont nous parlions ci-dessus. Néanmoins nous avons des moyens de concilier toutes ces contraintes pour rendre le jeune plus dynamique et autonome dans ses apprentissages et donc le remettre sur une trajectoire de réussite dans son rapport à la nouveauté. En fait, il faut faire légèrement monter le taux de dopamine, ce neuromédiateur associé au plaisir, pour désinhiber et favoriser l’engagement dans la tâche. Mais sans déclencher prématurément le sentiment de plaisir. Cette montée du taux de dopamine peut passer par le souvenir d’une situation identique qui a déclenché le plaisir. Ce n’est pas le plaisir qui motive mais l’anticipation d’un plaisir. Le plaisir est motivation lorsqu’il est de l’ordre de la promesse. Pour cela il faut en avoir eu l’expérience et estimer avoir des chances raisonnables de le retrouver. Comment faire vivre à l’élève l’anticipation du plaisir qui se cache au terme du problème ? C’est le rôle du médiateur d’organiser le travail dans la zone proximale de développement de Vygotski. Pas dans le domaine d’expertise qui provoque une réussite facile, sans ce petit moment d’angoisse nécessaire à la potentialisation du système de récompense. Pas trop dans l’inconnu menaçant qui génère un stress qui inhibe la mémoire de travail et perturbe la mémorisation à long terme. Cette organisation de la tâche exige une parfaite maîtrise de la chose enseignée et une bonne connaissance de l’élève. Il arrive parfois que l’on ajuste mal. Alors il faut savoir diriger le questionnement sur un plan métacognitif pour aider la pensée à focaliser sur les éléments pertinents. Sans jamais donner d’aide directe, ni d’explication sur le contenu, guider seulement l’élève vers la réussite et lui faire remarquer qu’on ne l’a pas aidé sur le contenu. Qu’on lui a pris la main mais que c’est lui qui a marché. Les critères de la médiation au sens de Bruner ou de Feuerstein sont ici une réponse pertinente au stress qui accompagne tout apprentissage. Stimuler le sentiment de compétence et de modifiabilité. C’est en optant pour l’alternative positive que l’on va motiver l’élève. Dans les groupes de médiation cognitive que j’ai animés j’avais d’abord installé un climat de confiance et de sérénité dans le rapport à la nouveauté et aux autres. En quelques séances, la verbalisation se débridait au point de verser dans l’excès. Il y avait du retard de parole, d’estime de soi et de présence à l’autre à rattraper. Il n’y avait pas lieu d’intervenir, ce phénomène se régulant tout seul en quelques séances.

Avec des exercices non scolaires pour ne pas réveiller l’anxiété acquise dans ce contexte, mais en conservant la dimension «expérience de pensée », nous avons pour objectif de créer une dynamique neuronale, avec montée dans les aires associatives vers de plus en plus d’abstraction. Nous savons qu’Einstein prenait grand plaisir à effectuer de constantes expériences de pensées. Simple corrélation, ou lien de causalité ? Nous l’ignorons, mais nous avons constaté qu’un élève en difficulté qui s’investit intellectuellement dans une activité à l’extérieur de l’école, améliore ses résultats scolaires. Donc organiser des moments sans risque, où l’on ne se retrouvera pas en situation de double tâche, où l’on pourra débrider son intelligence et sa mémoire en toute quiétude. Par ailleurs ces exercices offrent des moments d’individuation dans le rapport à la nouveauté, elles doivent aussi être, grâce au médiateur, l’occasion de conscientisation de ses stratégies. Ces exercices doivent enfin être des moments d’intersubjectivité et donc s’appuyer sur une relation sociale apaisée au sein d’un groupe aux dimensions raisonnables et comportant de l’hétérogénéité humaine. Le médiateur, qui dirige le travail doit savoir susciter en restant discret, guider sans entraver, pour favoriser l’émergence du sujet.

Une telle approche suppose une modification profonde de la mentalité de l’Education Nationale et de la Nation toute entière. Renoncer au style dressage ou formatage, centré sur le contenu, obnubilé par l’erreur conçue comme une faute avec menace de sanction (sanctus) qui plane en permanence. Concevoir une éducation, centrée sur l’enfant en situation d’apprentissage avec ce que Boris Cyrulnik appelle un adulte « sécure ». Avec des enseignants non du côté du savoir face à l’élève mais un adulte aux côtés de l’enfant devant le savoir. Tout laisse penser que ce n’est pas possible en France tant les dogmes sont profondément inscrits dans les structures mentales de notre pays.

Néanmoins il est possible d’innover. Plutôt que du soutien scolaire, largement contre productif, la médiation cognitive est une conduite de détour pour rendre l’élève en difficulté plus dynamique et autonome dans son rapport à la nouveauté. Cette démarche est longue et sujette à bien des aléas. Nous devons résister à la pensée dominante d’une société angoissée qui exige du résultat tout de suite. Notre démarche est pourtant la seule à construire chez le jeune une évolution solide qui continuera à grandir après notre retrait.

C’est justement le but de ce blog que de proposer des éléments de réflexion liés aux avancées en matière de neurosciences ( savoir que 95% des connaissances que nous avons aujourd'hui sur le cerveau datent de moins de 30 ans) et de relater des moments de pratique avec élèves.

La peur d'apprendre


Par Charles Lostis, mercredi 6 août 2008 à 14:42 :: - Des idées pour faire réussir

Praticiens du PEI de longue date, nous avons tous rencontrés des élèves qui déployaient une activité intellectuelle de haut niveau au sein de nos groupes et qui restaient en échec profond dans le domaine scolaire. Au fond ces enfants sont très dépendants du contexte. Avec les critères de la médiation énoncés par Bruner et Reuven Feuerstein, nous arrivons à créer un espace sécure qui permet à l'enfant de revivre mentalement. Le non transfert vers le champ scolaire était une énigme.

Il semble que Serge BOIMARE, avec son livre "l'enfant et la peur d'apprendre" apporte un point de vue qui ouvre des perspectives. Citons quelques passages en espérant que la méthode des extraits n'altère pas sa pensée.

"Quelle force mystérieuse peut pousser des enfants intelligents et curieux à ne pas mettre en œuvre les moyens dont ils disposent dans le cadre scolaire. On s’aperçoit que c’est la situation d’apprentissage elle-même qui déclenche des peurs perturbant l’organisation intellectuelle. La confrontation avec la règle et l’autorité, la rencontre avec le doute et la solitude, inhérentes à la démarche d’apprendre et penser, réveillent alors une inquiétude trop profonde, contre laquelle il est illusoire de vouloir lutter avec les outils pédagogiques ordinaires..."

et aussi :

« J’ai toujours remarqué de façon paradoxale que plus le thème qui servait de support aux apprentissages était neutre et plus il favorisait le retour de l’inquiétude. Les livres de lecture aseptisés, sans évocation de sentiments, ou les livres destinés à la rééducation, écrits avec des caractères gras ou rouges, où il est question du canard qui va à la mare et de la poule qui picore du grain dur, sont de véritables "incitations à la débauche " pour ces enfants qui passent le plus clair de leur temps à faire des sexes et des armes avec les lettres de l’alphabet, trouvant ainsi un moyen, en restant près de la forme de la lettre, de ne pas quitter le registre de la chose et d’échapper au détour que leur imposerait la symbolisation avec le risque de déstabilisation qu’elle comporte pour eux. Autrement dit, nous devons être vigilants car le remède peut contenir le mal en lui. … En introduction, j’ai dit que ces enfants acceptaient l’effort de l’apprentissage parce que j’étais entré en concurrence de façon féroce et directe avec les thèmes qui habituellement font disjoncter leur pensée. Est-ce que j’irais jusqu’à choisir des thèmes pour le travail scolaire tournant autour de la mort et de la sexualité ? Est-ce que dans une classe j’irais jusqu’à parler de dévoration, d’inceste, d’émasculation, d’anéantissement et autres choses de même genres ? Ma réponse est oui. Oui parce que j’ai remarqué que les seuls thèmes qui étaient capable de retenir l’attention de ces enfants portaient en eux les inquiétudes et le émotions qui d’ordinaire les dérèglent. Oui parce que je me suis aperçu que leur capacité de résistance à l’envahissement parasite, dont je viens de parler, se trouvait nettement améliorée lorsque le sujet de notre étude traitait aussi de ce qui leur fait peur. »

Ainsi, avec ces élèves, Serge Boimare se tourne-t-il vers les thérapies comportementales qui font cotoyer intellectuellement la peur pour l'éloigner. Les cultures humaines traitent, chacune à leur façon, de ces sujets depuis la nuit des temps. Ce n'est pas un hasard si Serge Boimare fait appel aux mythologies, aux récits initiatiques et à des textes comme la Bilble.

J'ai l'intention, ici, de développer une approche de la peur par les neurosciences.

Tout d'abord un brin d'anatomie du cerveau. Rassurez-vous juste un brin, car l'organe est d'une complexité inquiétante. Voici les acteurs : les sytème limbique et le lobe frontal. Regardez leur proximité.



Maintenant observons de plus près le système limbique placé au centre du cerveau. Il est le siège de nos émotions.



D'un point de vue psychologique, la peur, l'anxiété et l'angoisse désignent trois réalités distinctes. Elles sont toutefois apparentées et peuvent aussi être considérées comme trois degrés d'un même état.

La peur est une émotion forte et intense éprouvée en présence ou d'une menace réelle et immédiate. Elle provient d'un système qui détecte les dangers et produit des réponses qui augmentent nos chances de survie face à cette situation dangereuse. Autrement dit, elle met en branle une séquence comportementale défensive.

Les peurs archaïques font partie des peurs conditionnées en ce sens qu'elles ne correspondent pas à un danger réel.

Pour comprendre, examinons les deux voies de traitement d'un stimulus.



Par le circuit court, les amygdales traitent l'information en urgence sur la base d'indices de bas niveau contenus dans le flux arrivant des entrées sensorielles et la mémoire qu'il a de certaines situations. Certains éléments du contexte, parfois infimes, qui n'ont pas de sens pour nous, vont, chez certains, réveiller la mémoire d'événements qui ont été vécus sur le mode d'un traumatisme. Tous les symptômes de la peur vont alors apparaître : sueurs, accélération du rytme cardiaque, fuite ou agression... Tout cela échappe à notre conscience.

Le circuit long emprunte les voies corticales. L'hippocampe traitent une information beaucoup plus élaborée et complexe et apprécie la situation sur une base plus rationnelle en fonction de la mémoire qu'il a de la situation. L'hippocampe peut alors mais avec un temps de retard calmer les amygdales et donc réduire l'état de peur.

Le problème est que dans la chronologie du développement individuel les amygdales sont matures bien avant l'hippocampe et que pendant l'enfance des peurs peuvent s'inscrire dans les amygdales sans contrepoids dans l'hippocampe. Un événement de l'enfance vécu comme un traumatisme, pourra laisser une trace qui perturbera les fonctions mentales et comportementales d'un adulte par des mécanismes inaccessibles à la conscience.

Le recourt aux représentations culturelles de ces peurs dans un contexte neutre va donc permettre de construire une représentation apaisée dans l'hippocampe qui pourra ainsi jouer son rôle de modérateur.

Mais il faut savoir que l'on n'effacera jamais ces peurs contenues dans les amygdales.



Dans les amygdales il y a des réseaux neuronaux particulièrement résistants à l'extinction. Tout au plus pourrons-nous inhiber suffisamment de réseaux de neurones à l'entrée pour contenir ces peurs inappropriées. C'est le phénomène d'extinction exploité dans les thérapies comportementales.

L'humanité par une approche empirique a intégré dans ses cultures les outils de réduction de l'angoisse, de l'anxiété et de la peur. Ces outils trouvent aujourd'hui leurs fondements scientifiques. A nous de leur donner (ou redonner) toute leur valeur.

Un article qui explicite la fonction des contes relativement aux peurs

Un site remarquable pour comprendre le cerveau

Voir aussi le livre "NEUROSCIENCES" de Purves et Augustine chez de boeck
Ainsi que le livre "le cerveau et la liberté" de Pierre Karli chez Odile Jacob.
Les schémas reproduits ci-dessus sont utilisés dans un cadre non lucratif et à des fins d'éducation.

Lélève qui réussit a apprivoisé le doute


Par Charles Lostis, mercredi 6 août 2008 à 14:14 :: - Des idées pour faire réussir

Confronté une situation nouvelle, complexe et pour laquelle il n’a pas de réponse immédiate, le bon élève n’émet pas de réponse mais élabore des hypothèses. Alors que l’élève en difficulté sombre dans l’impulsivité et envoie la première idée qui lui vient à l’esprit. Pour lui ce n’est pas la bonne réponse qui compte mais la réduction de son angoisse. Comme le joueur pathologique qui bien que toujours perdant vit et revit ce minuscule instant où il peut réactiver mentalement le plaisir du gain, l’élève en difficulté jouit de cet instant où le monde extérieur n’a pas encore asséné sa négation et où il peut encore vivre la représentation de sa réussite. Le « bon élève » au contraire va différer sa réponse, il va continuer sa recherche en confrontant son idée au problème, chercher des indices qui pourraient infirmer son hypothèse, explorer d’autres hypothèses, il peut maintenir le doute en lui car il n’a pas besoin de se sentir rassuré il ne se sent pas menacé dans l’image de soi. Avant de lancer son idée dans l’espace public il va la tester sur ses copains de confiance. Quand il prendra la parole il s’entourera de précautions oratoires du genre, « je pense que… » « je n’en suis pas sûr, mais … », « je fais l’hypothèse que… » ou « peut être que je me trompe mais… ». Et ce faisant il prépare l’auditoire à une éventuelle erreur, il abaisse le niveau d’attente, il joue la carte de l’empathie pour éviter de déclencher des réactions négatives trop brutales. Il protège son narcissisme en anticipant le risque de la honte. Il accepte le doute, il accepte les limites de ses possibilités. L’idée qu’il puisse se tromper ne le démolit pas intérieurement car le bon élève a un taux de réussite non négligeable qui lui prouve qu’il est bon. Et ce doute lui permet d’éliminer beaucoup d’erreurs qui conforte son taux de réussite. Alors que l’élève en difficulté est aspiré dans une spirale infernale inverse. L’échec génère l’échec et la réussite conforte les mécanismes de la réussite. Pour réussir il faut avoir du doute et pour tenir le doute il ne faut pas trop d’angoisse. Il faut apprivoiser le doute et savoir que le doute est productif.

Une année les élèves envoyaient rapidement une première réponse qui était le plus souvent fausse. Par le silence j’exprimais mon doute. Alors les élèves comprenaient qu’il fallait revoir le problème. La deuxième réponse était le plus souvent juste. Un jour, un peu exaspéré par ce phénomène qui persistait après des semaines de travail, j’ai dit avec, probablement une certaine virulence « Mais pourquoi ne me donnez-vous la deuxième réponse en premier ? » Instantanément le groupe a franchi un seuil de réussite et l’a tenu par la suite. Il fallait allonger la réflexion sous forme d’un défi, d’un jeu. Il avaient apprivoisé le doute comme outil de rebond sur une première idée et avaient découvert le profit qu’ils pouvaient en tirer. Ils déclenchaient le doute d’eux même et non par rapport à la réaction négative de l’adulte. Ils avaient appris à renoncer à leur première idée. Il avaient appris à attendre seul avec eux même.

Il n’est pas facile de tomber du premier coup sur la bonne hypothèse surtout si le problème est complexe. On procède souvent en approches successives. Une première hypothèse construite sur une première nappe d’indices, les plus saillants, les plus familiers aussi. Cette première étape est logique et juste par rapport aux indice perçus. Le test du réel permet alors d’en découvrir les limites, en faisant réexaminer le problème avec une réflexion déjà différentes par rapport au début, d’autres indices émergent qui confirment et infirment la première idée et nous prépare à rebondir sur une deuxième hypothèse. Les défaillances de la première idée jouent comme un projecteur qui éclaire d’autres facettes que l’on n’avait pas vues en première approche. C’est cette succession d’étapes de pensée qui peu à peu va nous conduire à une hypothèse qui résiste au doute et qui ne rencontre pas d’indice semant le doute dans les esprits. Car l’élève qui réussit conduit son travail jusqu’à son terme. Il ose se poser la question : « ai-je atteint mon objectif ? » Il est alors dans une démarche d’évaluation de son travail par rapport à un but, ou au moins à la représentation qu’il en a. Il maintient un doute il est donc capable de prolonger une situation angoissante car elle n’est pas insupportable pour lui. Il n’a probablement pas inscrit au fond de sa mémoire trop de souvenirs de moments de panique où tout s’effondre autour de soi et où l’on se sent atteint dans son existence. L’élève en difficulté qui connaît cette situation de façon récurrente depuis des années n’a pour priorité qu’éviter ce moment d’angoisse. Le « faire » lui permet d’échapper à cette montée brutale de l’angoisse. La justesse de son travail compte peu à ce moment.

Un exemple qui marque l’importance du doute a été cité lors du colloque Science et Défense de 1991. Il concerne une expérience de diagnostic avec des médecins militaires. On voit comment l’idée qui germe sur la base des premiers indices cliniques, peut polluer la suite de l’examen en privilégiant les indices qui confortent l’hypothèse. Il s’agit là de personnes de haut niveau intellectuel et ayant reçu une solide formation et expérimentés. Alors ? Angoisse ? Trop de confiance en soi ? En tout état de cause le doute a fait défaut, l’exploration des possibles a été insuffisante.
Autre exemple. Une année, ayant conduit une action « Cort » avec un groupe d’élèves de cinquième j’avais, en fin d’intervention, évalué le travail en comparant avec un groupe témoin et en posant la question : « En France, aux élections, l’abstention augmente, que pensez vous d’une loi qui rendrait le vote obligatoire ? » . 8 des 9 élèves du groupe Cort ont d’abord listé les arguments pour et contre pour déboucher sur une décision nuancée voire embarrassée. 8 des 9 du groupe témoin ont donné une réponse immédiate puis ont argumenté uniquement dans le sens de leur choix. Acceptant qu’il y ait doute sur la réponse les élèves du groupe « Cort » ont examiné le pour et le contre avant d’exprimer leur choix.

Serge Boimare dit que certains élèves envahis par les peurs archaïques sont incapables d’ouvrir ce temps de suspension qui est l’espace du doute. D’ailleurs j’ai fait l’expérience de ce temps de suspension avec des élèves en situation de réussite scolaire. Un débat s’achevant, on laisse un « blanc », un silence s’installe, les regards se vident, ils sont tournés vers l’intérieur, la pensée continue. Puis subitement un élève prend la parole et relance le débat par une remarque ou une question. Le niveau d’abstraction est alors toujours au dessus de celui du débat initial. Cette attitude n’est pas celle des élèves en difficulté qui, dans un « blanc » s’agitent et remplissent le vide de la pensée par du sensoriel.

L’élève qui réussit supporte le doute, il a le souci de se confronter au réel, il accepte de se soumettre aux contraintes, qu’elles soient physiques ou réglementaires. Le fait de devoir s’adapter, de changer n’est pas vécu comme une frustration ou un déshonneur. L’angoisse ne les étreint pas, ils savent retenir leur pensée pour prendre le temps de balayer un texte avant de commencer à émettre non une réponse mais une hypothèse. C’est ainsi qu’ils obtiennent un meilleur pourcentage de réussite qui les conforte dans leur attitude. Aider des élèves en difficulté est probablement les aider à apprivoiser le doute.

L'élève qui réussit ne boude pas son plaisir.


Par Charles Lostis, mercredi 6 août 2008 à 11:41 :: - Des idées pour faire réussir

Nicole Dubois dans son livre « locus of control » traite le problème de l’attribution des réussites et des échecs. L’élève en difficulté réussit parce que c’est facile, il échoue parce qu’il est nul. Le « bon » élève au contraire réussit parce qu’il est bon et échoue parce que c’est difficile.

Au moment de la réussite, l’élève qui a l’habitude de réussir ne boude pas son plaisir. Son visage s’illumine, son regard brille, il éclate de rire, il cherche à communiquer avec son voisinage. Nul doute, il jubile. Ce plaisir est d’autant plus fort que le problème lui a résisté. Un problème dont nous avons déjà la réponse toute prête en mémoire ne procure pas un tel plaisir. Un problème nouveau mais facile à résoudre ne procure pas ce plaisir. L’intensité du plaisir est lié au degré de résistance du problème. C’est quand le doute a été élevé que le moment de la réussite, souvent instantané, déclenche une bouffée de plaisir. Méfions nous des exercices dit ludiques qui placent le plaisir avant la tâche ou dans les traits de surface de la tâche. Partant d’un niveau de plaisir élevé, le désagrément de la recherche s’en trouve renforcé d’où des comportements de réticence face à la tâche. Le plaisir est dans l’aboutissement et dans la réussite, donc après. Comme en montagne où le plaisir du sommet et d’autant plus grand que l’ascension a été dure. C’est l’effet de contraste qui démultiplie l’effet. Et il faut dire que l’insight dans un problème qui a résisté est bref et brutal. Il correspond à l’activation de réseaux neuronaux qui s’harmonisent avec ceux ouverts par le problème. C’est souvent plus le sentiment de comprendre que la compréhension elle même qui génère le plaisir. C’est particulièrement observable chez les élèves en difficulté qui répondent uniquement pour accéder tout de suite à ce plaisir car le doute est pour eux trop insupportable. La réponse qui produit du plaisir est ensuite repoussée d’où un déplaisir d’autant plus grand. Les élèves en situation de réussite scolaire eux savent tenir le doute et donc se trompent peu, leur plaisir se trouve validé par le monde extérieur ce qui a pour conséquence de renforcer ce plaisir. Comme dans l’humour où les indices nous font imaginer une suite aux événements et où la suite réelle diffère sensiblement tout en restant compatible avec les indices. Il se produit une rupture catégorielle qui active puissamment des réseaux neuronaux qui étaient jusque là restés en dehors du champ des hypothèses. C’est l’activation brutale de ces nouveaux réseaux en harmonie avec les autres qui semble générer le plaisir.

Et cette bouffée de plaisir est probablement le principal facteur de motivation. L’élève en difficulté qui a l’expérience de ses échecs répétés va appréhender les situations d’apprentissage. Il va se réfugier dans les mécanisme classiques de fuite, d’évitement et si cela n’est plus possible dans l’agression pour échapper à ce qui est pour lui destructeur. Le stress chronique ainsi provoqué a d’autres conséquences encore plus grave, car ce stress détruit les neurones de certains aires limbiques essentielles pour la mémorisation. C’est ainsi que l’élève en difficulté est aspiré dans une spirale de l’échec. Heureusement cette destruction de neurones est réversible et le retour à un climat paisible va permettre à la neurogénèse de réparer les dégâts. Un neurotransmetteur, la dopamine, joue un grand rôle dans le couple apprentissage-plaisir. Il semble que l’augmentation du taux de dopamine dans le cerveau serait lié à l’anticipation que l’on se fait du plaisir qu’on va tirer d’une situation que l’on a expérimentée comme gratifiante. La dopamine serait un vecteur de la motivation pour une tâche et donc un facteur facilitant l’apprentissage. La réussite joue alors comme une drogue. On y revient. On multiplie les occasions. Mais ce faisant on rehausse le seuil de dopamine en dessous duquel on se sent en état de manque. Ce relèvement du seuil conduit à augmenter de la dose pour éviter le déplaisir du sentiment de manque. C’est le phénomène d’accoutumance. Pour un élève en difficulté ce mécanisme ne présente pas de danger puisqu’il le ramène à la « normale ». Mais pour un « bon » élève il faut être vigilant, car il peut y avoir emballement et dérive vers l’hyper activité intellectuelle selon les mécanismes destructeurs de la drogue. Une telle dérive doit nous interroger sur les causes de ce besoin. Cela peut masquer un état de souffrance psychologique.

Eprouver le plaisir d’une réussite que l’on s’attribue, permet d’anticiper le plaisir de la réussite. C’est là le plus puissant ressort de la motivation pour l’activité intellectuelle. Ce mécanisme fonctionne comme celui de la drogue, avec son état de manque et le besoin d’augmenter la dose. Le faire vivre à des élèves en difficulté pourrait s’avérer salvateur. Mais c’est un processus long, demandant probablement deux ou trois ans. Il n’est pas sûr que notre société pressée puisse comprendre cette démarche.

Toujours l'alternative positive


Par Charles Lostis, mercredi 6 août 2008 à 11:35 :: - Des idées pour faire réussir

Un adulte "sécure"

Pour pouvoir, déployer son intelligence il faut être pleinement soi et exprimer librement sa pensée, il faut être dans un climat de confiance. Cela exige une relation humaine fondée sur le respect de l'autre et l'empathie. L'entrée dans la tâche est un moment décisif. Il faut absolument procéder à une mise en sécurité de l'élève. Si l'on veut que l'élève déploie une activité intellectuelle pleine et entière il faut qu'il puisse ouvrir son intimité mentale et pour cela qu'il se sente en sécurité. Comme l'évoque Boris Cyrulnik dans son livre "Les vilains petits canards", l'enfant a besoin d'un adulte "sécure" pour développer son psychisme. Quand on sait que la connaissance se construit de l'intérieur à partir des informations fournies par les entrées sensorielles et dans la relation aux autres, on comprend que l'élève ait besoin de sérénité. Pensons à tous ces élèves qui n'osent plus prendre d'initiatives, qui se réfugient dans la passivité ou autre comportement perturbant tellement ils ont été rabroués et humiliés quand ils ont essayé. Redresser cette attitude est l'unique objectif du début de l'action. Convaincre l'élève qu'avec nous il est en totale sécurité et qu'il peut donc recommencer à oser. La démarche peut être longue. Mais nous allons mettre en relief le positif et le valoriser, restaurer son sentiment de compétence. Aucun jugement négatif ne doit être émis. Attention aux manifestations involontaires d'exaspération qui peuvent nous submerger même une fraction de seconde. Ces enfants sont hyper vigilants au plus petit indice négatif de l'adulte à leur égard. Les erreurs en tous genres doivent être traitées sur un mode rationnel par un jeu de questions qui permettent à l'individu de rectifier de lui même son point de vue. Si l'enfant émet un jugement négatif sur son travail il faut dédramatiser en théorisant le tâtonnement comme étape intermédiaire et inévitable vers la réussite. Ne jamais qualifier d'erreur une idée même si elle est vraiment fausse.
Il faut aussi savoir créer ou saisir les moments qui font rire ensemble et qui détendent l'atmosphère. Montrer qu'un adulte aussi sait rire.

L'automédiation.

Il ne faut pas régenter la pensée de l'élève, car en ce domaine il n'y a pas de modèle. On ne peut qu'accompagner le jeune dans sa démarche intellectuelle qui lui est strictement personnelle. L'individuation doit être mise en relief dans le groupe, le sentiment de compétence doit être restauré, de même que la conscience de sa modifiabilité. Le narcissisme fonde le respect de soi et des autres. Il faut conduire l'élève à l'autonomie dans sa façon de penser. Dégager l'élève du contenu et de la réponse. L'essentiel est: "comment je m'y prends devant une difficulté ?"

Le médiateur.

Le médiateur est celui qui organise la relation entre le savoir (la culture) et l'élève (l'apprenant). Il doit parfaitement maîtriser le savoir car il en est le garant. Il doit savoir "lire" l'élève pour l'accompagner dans sa démarche. C'est le médiateur qui choisit et prépare les exercices. Il doit avoir une vision claire de ses objectifs. En effet le style de travail peut conduire à des dérives de la pensée. Il n'est pas question de se laisser glisser dans le hasard des associations d'idées. La séance doit être charpentée autour d'un axe de pensée. Cet axe doit être transmis au groupe. L'entrée dans la tâche est un moment délicat pour que le groupe comprenne l'objectif, et y adhère. Le médiateur doit convaincre et non de se réfugier derrière l'autorité que lui confère le statut d'adulte. Il doit montrer l'exemple en choisissant le chemin de l'exigence plutôt que la facilité, factice, de l'autorité.

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