Tout le monde le dit et le répète : 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans qualification. L’information est tellement ressassée que plus personne ne s’interroge sur le bien fondé de cette assertion. Et pourtant à y regarder de plus près les choses sont moins évidentes.
En effet, le concept de « sans qualification » est flou. La définition généralement admise conformément à la Loi d’orientation de juillet 1989, concerne les jeunes qui arrêtent leurs études sans avoir achevé un cycle complet de CAP ou de BEP et sans avoir eu accès à une classe de seconde générale ou technologique.
Dans le cadre de cette définition, la part des sorties sans qualification a considérablement diminué en 40 ans. Ils étaient 40% d’une classe d’âge à sortir sans qualification en 1963, 30% en 1970, 15% en 1980 et 8% en 1990. Il y a 30 ans le sujet ne faisait pas débat comme aujourd’hui, car le marché du travail offrait des possibilités d’emploi aux sans qualification. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où aucun métier n’échappe à l’exigence de savoirs de plus en plus abstraits et de compétences intellectuelles certaines. Voilà pourquoi, alors que le pourcentage diminue la dramatisation augmente. Les progrès de l’Education Nationale ne sont pas suffisants. D’autant que ce pourcentage ne baisse plus depuis une dizaine d’année. Le système semble venir butter sur un mur, celui de l’échec scolaire grave. Ce phénomène est constaté dans l’étude internationale PISA, conduite par l’OCDE, où la France se caractérise par une poche de 6% d’élèves en « délabrement » scolaire.

Alors maintenant entrons dans ce flou, pour voir ce qu’il recouvre

Les travaux du CEREQ, sur les 762 000 jeunes qui ont fait leurs débuts dans la vie active en 2001 font apparaître les chiffres suivants : 61 000 jeunes sortis directement du collège ou de première année de CAP ou de BEP, 76 000 sortis sans diplôme à l’issue de leur scolarité en CAP ou BEP. 30 500 ayant atteint le niveau Bac sans avoir été reçu à l’examen. Le total apparaît bien alors à 167 500 jeunes sans qualification certifiée. Interrogeons nous car non « certifiée » n’implique pas toujours sans qualification.

Entre celui qui a obtenu son BEP et est donc compté comme ayant une qualification et celui qui n’a pas réussi l’examen pour un ou deux dixièmes de point y a-t-il une réelle différence ? Combien sont-ils dans ce cas ? Il en est de même au niveau du bac général. La pose de frontières fabrique artificiellement des différences là où il y a un continuum. La catégorisation devient alors douteuse.
Le jeunes partis dans l’enseignement agricole (dépendant d’un autre Ministère) à l’issue de la troisième sont comptés par l’éducation Nationale comme étant sortis du système scolaire sans avoir obtenu une des qualification exigées. Sont-ils sans qualification quelques années plus tard ? De même les jeunes qui entrent en contrat de professionnalisation ou stage qualifiant ( dénomination moderne de l’apprentissage ) sont considérés comme sortis de la formation initiale sans qualification. Le sont-ils en réalité quelques années plus tard ?
Les jeunes sortis de terminale technologique sans le diplôme du bac sont-ils réellement sans qualification ? Quel est leur niveau réel par rapport à un élève qui a réussi le BEP ? Quel est le niveau de savoir et de compétences intellectuelles de l’élève sorti de terminale générale sans le bac ? Ne mélange-t-on pas des catégories hétéroclites ?
Par ailleurs, que veut dire qualification quand on observe qu’un nombre non négligeable de titulaires d’un CAP n’exercent pas le métier correspondant à leur diplôme ?
On voit donc que derrière cette affirmation répétée de 150 000 élèves sortant du système scolaire sans qualification, il y a des arrière pensées, une volonté ( ou du moins une complaisance) à noircir le trait, à stimuler l’anxiété, à dramatiser pour affoler les populations. Cela joue en période électorale encore plus qu’à tout autre moment.

Alors pour ceux que ce sujet intéressent et qui ne veulent pas devenir les perroquets d’une idée reçue ils peuvent consulter les deux documents de références suivants (en format .pdf) :