Chez les jeunes il y aurait, soi disant, des manuels et des intellectuels. On va même jusqu’à nous parler d’intelligence de la main. Comme si la main pouvait avoir une intelligence séparée du reste. Voilà encore une vieille lune qu’on nous ressort régulièrement et qui est une assertion purement idéologique ne correspondant pas aux savoirs que l’on a aujourd’hui sur la structure fonctionnelle du cerveau.

En fait il semble y avoir deux types d’accès au savoir abstrait.

La façon dont les joueurs de sudoku développent leurs compétences le montre bien. Il y a une démarche systématique qui consiste à lister tous les possibles de chaque case vide. Puis à aller chercher des modèles sur Internet pour lire les relations entre tous ces possibles et en déduire des réponses. En principe cette méthode réduit l’angoisse car elle est censée réussir à tout coup. Par contre elle est lourde et la mémoire de travail est vite saturée.

Et puis il y a ceux qui construisent intuitivement des stratégies d’exploration visuelle comme on le fait dans les labyrinthes. Par une gymnastique visuelle rapide et intuitive il s’agit de trouver les amorces d’enchaînements logiques puis les pousser le plus loin possible. Une perception holistique du sudoku permet de déterminer le chiffre qui a les meilleurs chances de faire avancer. L’indécidabilité sur deux cases peut parfois permettre la poursuite du raisonnement et donner une réponse à l’étape suivante. Plutôt qu’accumuler des informations cette méthode privilégie les relations. De plus un sudoku est le résultat d’une logique qui a présidé à son élaboration, logique qu’il doit être possible de remonter. Cette méthode exige beaucoup d’entraînement mais elle est rapide et élégante. Son efficacité dépend du degré d’entraînement. Cette méthode en perpétuelle évolution offre une souplesse qui permet les adaptations aux situations nouvelles. La méthode systématique appliquée aux labyrinthes consisterait à poser la main sur le mur droit à l’entrée et à le suivre sans le lâcher. Elle conduit à coup sûr à la sortie. Ce chemin peut alors faire plusieurs kilomètres. Jamais on n’utilise cette méthode avec un labyrinthe.

Nous avons connu en son temps le même type de problématique avec le rubik’s cube. Il y a une méthode scientifique puisque ce jeu est fondé sur des mathématiques de haut niveau : le groupe cyclique des rotations dans l’espace. Avec cette approche nous disposons d’algorithmes qui conduisent immanquablement au résultat. Probablement merveilleuse avec un ordinateur cette approche est lourde et lente en fonctionnement humain. A l’opposé nous avons vu des enfants, parfois en échec scolaire, devenir rapidement de véritables génies pour résoudre le Rubik’s cube, traitant ainsi des compositions de rotations dans l’espace sans en avoir appris la théorie.

Ainsi le clivage n’est pas entre intellectuels et manuels mais dans deux style cognitifs d’accès à l’abstraction.

L’apprentissage de modèles pré construits est la méthode qui prévaut dans l’enseignement français. Transmettre une culture déjà élaborée au fil du temps, accéder à un savoir déjà existant et présenté dans son état formel était probablement valable dans une Société qui évoluait lentement et où ce qui était appris à l’école restait en grande partie valide tout au long d’une vie (une vie qui était plus courte qu’aujourd’hui). Mais, comme on le voit souvent, ceux qui ont le mieux réussi dans le système éducatif et qui occupent des fonctions élevées dans la Société, se montrent souvent incapables de faire face aux situations nouvelles issues de la déferlante de mutations technologiques. Ils ressassent inlassablement les idées d’hier comme seule réponse possible aux problèmes d’aujourd’hui. Les élèves qui n’entrent pas dans ce modèle d’apprentissage sont aujourd’hui considérés en échec scolaire alors qu’il sont peut être une richesse dont notre Société à grand besoin pour relever les défis de l’innovation. Contrairement aux idées reçues eux aussi sont dotés d’une grande intelligence. Mais ils construisent leur abstraction en partant de la perception et en montant progressivement dans les aires associatives. Dans ce cas les modèles construits sont plus complexes et englobent les erreurs au même titre que le vrai ce qui les rend plus flexibles.

Alors soyons du deuxième type…pour sortir des idées reçues...