Au delà de la beauté et de la poésie que porte ce film, on peut avoir une attention particulière pour la mère qui nous offre un modèle de médiation entre le monde extérieur des adultes et celui des enfants. Pleine de douceur et de gestes tendres elle dirige fermement l’éducation de sa fille aînée. Elle engage l’enfant sur des objectifs, signale les limites et les dangers, s’assure d’être bien comprise. Elle cadre l’action par un verbe ferme et précis. Cela n’est pas sans rappeler le fameux " holding " observé chez nombre de groupes humains que certains osent encore qualifier de "primitifs " . Le " faire " est enveloppé de verbalisation pour qu’un jour le verbe guide le " faire ". Sans cesse elle donne du sens : ramasser des bouses, garder le troupeau, s’occuper de ses frère et sœur, elle montre à l’enfant la place qu’il occupe au sein de la famille. Elle cultive le sentiment d’appartenance à un groupe humain. Comme le montre la garde du troupeau la mère ne peut à distance maintenir l’enfant dans l’axe de la tâche. Ce dernier reprend le fil de ses élans d’enfant ce qui conduit à l’égarement. La mère reste calme. Elle n’exprime aucun jugement négatif. Toujours, elle négocie les situations délicates en injectant du positif dans la pensée de l’autre. Convaincre plutôt que contraindre. C’est doux et pourtant ferme donc efficace. Le seul moment d’affolement chez la mère est celui de la perte de son fils. Alors le père devient calmement directif. Il donne des instructions précises qui permettent à tous d’entrer dans un " faire " bien cadré pour contenir l’angoisse. Cette sérénité est aussi à relier aux rites associés à des croyances vraies. Par des entrée sensorielles ritualisées, la mère active des croyances qui saturent les aires frontales et empêchent la montée des angoisses générées par les amygdales. Décidément ce film va très loin. Il soulève des questions essentielles pour l’homme. Je le recommande vivement.

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